Dernière mise à jour: 13 juin 2021

Code OTAN : KILO

Classification soviétique Sous-marin Diesel  (ДПЛ) [DPL]

Classification OTAN: SSK

Surnom  "черная дыра" (trou noir)

 

I. Prémices du projet

La greffe d'un système acoustique moderne performant sur une architecture de classe 641, avec  une propulsion à trois lignes d'arbre et la nécessité d'adapter le couplage des moteurs à la situation (Diesel en surface, électriques en plongée) réalisée sur la classe 641B a bien montré que l'on était arrivé à une limite en terme d'acoustique et d'emploi. De nombreuses marines étrangères ont déjà adopté à l'époque le principe de lignes d'arbre uniquement entraînées par des moteurs électriques, que ce soit en surface et en plongée. Les moteurs Diesel sont alors réservés à la charge des batteries et ne peuvent entraîner la ligne d'arbre principale. Cette disposition permet un gain important en discrétion acoustique, et un passage nettement plus rapide d'une situation à l'autre.

 

II. Réalisation

 C'est pourquoi dans les années 1970, la flotte cherche à s'équiper d'un sous-marin Diesel électrique de nouvelle génération, capable de mener des missions ASM ou anti-surface, de mouiller des mines, recueillir du renseignement. La conception en est confiée dès 1974 au bureau d'ingénierie Rubin, en liaison avec l'Institut de recherche NNI Krylov. Les premières esquisses aboutissent à un sous-marin, qui contrairement aux classes 641 qui étaient longues et étroites, est plus court et plus large. Le rapport longueur / largeur passe d'un rapport de 12,2 à 7,3 pour une résistance hydrodynamique minimale.

Le projet technique est accepté par la marine le 20 décembre 1976.

Le chantier n° 199 Leninskiy Komsomol de Komsomolsk Na Amure et le chantier n° 112 Krasnoe Sormovo de Gorky sont retenus pour la construction.

 

III. Description

Le sous-marin est à vocation océanique, à double coque. D'un profil inspiré des "Albacore",  Il présente une curiosité avec son empennage arrière composé de deux plans horizontaux et un seul plan vertical inférieur. Les barres de plongée avant s'éclipsent dans la coque, sur l'avant du massif. La coque épaisse est cylindrique, de section transversale circulaire. Ses extrémités sont sphériques. Elle est divisée en six tranches:

 - tranche avant, divisée en 3 ponts, de haut en bas armes, locaux vie et batterie avant

- tranche deux également avec trois ponts, de haut en bas PCNO, PC radio et poste annexe de navigation, auxiliaires. Située sous le kiosque, elle dispose de tous les équipements nécessaires à la mise en oeuvre

- tranche trois encore en trois ponts, locaux vie pour les deux supérieurs et batterie arrière pour le plus bas

- tranche quatre moteurs Diesel

- tranche cinq avec le moteur électrique principal, d'où peut se déclencher la bouée de détresse arrière

- tranche six ou tranche arrière avec les moteurs électriques de marche silencieuse, les presses des gouvernails et barres de plongée arrière, et la panneau arrière.

Il est nettement plus automatisé que ses prédécesseurs, toutes les commandes étant regroupées au PCNO. La taille de l'équipage peut ainsi être réduite, 60 (57?) hommes au lieu des 70 à 80 des classes 641 et 641B.

La coque externe englobe notamment les caisses des ballasts principaux, les bouteilles d'air HP ... Le soufflage de deux ballasts adjacents permet au sous-marin de rester à flot, malgré un quelconque des compartiments noyé.

Afin de réduire les perturbations sur le sonar, placé très en avant, les barres de plongée avant ont été reculées au maximum. Toute la partie avant a de la même manière été conçue sans aucun dalot ou autre mécanisme bruyant.

La propulsion est totalement électrique. Le moteur électrique PG-141 de 5500 Cv est alimenté par deux groupes de batteries de 120 éléments type 446 chacune. Deux Diesels générateurs DG-1500 de 1500 kW (1000 kW sur les deux premiers, B-401 et B-402) rechargent ces batteries, en surface ou au schnorchel. Tous les composants générateurs de vibration sont installés sur des dispositifs amortisseurs ou montés en blocs sur des berceaux adaptés.

L'hélice principale est de grand diamètre, à six pales, à faible vitesse de rotation. Une propulsion silencieuse basée sur un moteur électrique PG-142 de 150 Cv permet un déplacement à faible vitesse. Cette propulsion peut être aussi effectuée par deux moteurs PG-168 de 102 Cv unitaire entraînant une pompe enchâssée dans un conduit obturable, placé sur l'arrière, un de chaque bord.

En surface, le sous-marin atteint la vitesse de 10,7 noeuds, et 18 en plongée. Au schnorchel à 7 noeuds, la distance franchissable est de 6880 N. Elle atteint 400 N à 3 nds en plongée. L'autonomie est de 45 jours, avec une réserve de carburant de 172 tonnes.

Le sous-marin est doté de six tubes lance-armes de 533 mm , tous installés sur l'avant. Les deux tubes supérieurs sont équipés pour le lancement des torpilles filoguidées. Aucun panneau de chargement n'est prévu. Les armes sont chargées à bord à l'aide de gouttières fixées sur les deux tubes supérieurs, situés au dessus de la flottaison en surface, à l'assiette normale.

La capacité d'emport est de 18 torpilles, dont six en tube. L'emport maximal de mines est de 24, dont 12 en tubes. Un emport mixte torpilles mines est possible. Le lancement peut être effectué à toutes les profondeurs.

Pour la première fois sur un sous-marin soviétique, l'emport de missiles surface air à courte portée est prévu, avec le système Strela.

L'autre évolution caractéristique de ces sous-marins est le regroupement en un local unique de toutes les commandes. La gestion de l'énergie au sens large, et de la sécurité incendie, est menée depuis le système Palladiy, avecy, avecy, avec notamment le réglage des régimes moteurs, la surveillance des auxiliaires ... La partie gestion du flotteur est elle réalisée à partir du système Pirit pour les commandes de barres, les remplissages et vidanges de ballast, les réglages d'assiette ... Ce dernier effectue de manière automatisée les opérations nécessaires à la prise d'immersion et au retour en surface.

Le système de combat fait appel au système de gestion tactique LAMA articulé autour d'un calculateur MVU-110M UZEL pour la fusion des données des multiples senseurs (sonar MGK-400, sonar MG-519, radar MRK-50, ESM ...). Il assure le pistage en continu de deux pistes, trois autres pouvant être entretenues manuellement. La mise en oeuvre des torpilles et de leurs tubes est coordonnée par le MVU-119 Murena, qui dispose comme le système LAMA, des données de la centrale de navigation ANDOGA. Les tube lance-torpilles disposent d'un système de rechargement rapide.

Seul à priori le local radio reste indépendant.

 

IV. Construction

Treize unités ont été construites au chantier n° 199 Leninskiy Komsomol de Komsomolsk Na Amure (10) et au chantier n° 112 Krasnoe Sormovo de Gorky (3) entre 1980 et 1988. Les deux premières (B-248 et B-260?) seraient différentes et disposeraient d'une puissance électrique plus faible.

    

V. Entretien / modification / modernisation

Selon les usages en vigueur, le sous-marin a une durée de vie calculée de 30 ans, avec un entretien majeur tous les dix ans. Une première série de modernisation est entreprise à partir de 1989, et le remplacement du sonar par une version plus évoluée, le MGK-400M, avec la mise en place d'un classificateur AYAKS disposant d'une mémoire de signatures acoustiques.

Une deuxième série d'entretien / modernisation est entreprise après 2000 au moins. Elle entraîne toute une série d'améliorations comme l'installation d'un sonar MGK-400V1, un système de combat MVU-100EM ...mais pas celle de la capacité Kalibr-PL.

 

VI. Service

Ces sous-marins servent dans toutes les flottes. Seule la flotte de mer Noire les a peu mis en oeuvre, les unités arrivant de Gorky faisant un bref passage avant de gagner la Méditerranée puis les flottes de Baltique et du Nord. Avec la flotte du Pacifique, cette dernière est la seule  aujourd'hui à disposer encore d'unités en parc. Pour cette dernière flotte, toutes les unités ont été regroupées à Vladivostok en avril 2012 après avoir été répartis entre cette base, les baies d'Ilycheva et de Krasheninnikova.

Une seule unité, le B-227, a procédé à un transit inter-flottes, par le sud  (Pacifique, océan Indien, mer Rouge, Méditerranée, Atlantique, Baltique) en 1985. C'est le seul sous-marin soviétique à avoir emprunté le canal de Suez.

Hormis des missions opérationnelles en Méditerranée, ces sous-marins semblent le plus souvent avoir été utilisés à des missions de recherche de SNA dans les parages des zones d'activité soviéto-russes.

L'exploitation de ces unités n'a pas montré de défaillance significative, ni entraîné d'accident majeur. Seule semble-t-il la capacité de la batterie serait trop faible pour les performances recherchées.

L'âge moyen des unités en ligne était de 27,2 ans au 1er janvier 2013.

 

VII Retrait du service opérationnel

L'effondrement de l'URSS entraîne une réduction de ce parc dès 2001, faute de moyens financiers, lorsque certaines unités arrivent à échéance d'entretien. Une unité est rayée en 2001, trois en 2002, une en 2005 et une en 2007. Il en reste une inscrite à la liste navale de la flotte du Nord et une autre à celle de la flotte du Pacifique. Néanmoins, le statut  de ces unités reste incertain.

Le démantèlement des unités rayées de flotte du Pacifique en Chine semble avoir été interrompu, après une très forte suspicion d'envoi d'unités incomplètement démilitarisées dans des chantiers de "démantèlement" chinois, notamment pour les tubes lance-torpilles.

La durée de service des unités rayées s'étale de 11 à 20 ans.

 

VIII. Questions en suspens

Les documents consultés n'apportent pas de réponse ou de détail sur les domaines suivants:

- réseau électrique: voltage du réseau, onduleurs installés, temps de recharge des batteries, durée de vie de ces mêmes batteries

- sécurité / plongée: emplacements et nombre des caisses de ballasts, volume total, utilisation en caisses de carburant, air HP (pression,  et volume disponible, compresseurs), réseau d'huile HP (pression, bâches ..), sas de sauvetage (profondeur limité d'utilisation )

 

PS: on trouve souvent le nom de Varshavyanka associé à ce nom de classe. En fait, ce nom s'applique à l'origine aux sous-marins destinés aux alliés du Pacte de Varsovie [Classe 877E / 877Э]

Classe 877 Paltus [Проект 877 ПАЛТУС] (Flétan)

                        

 

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